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Le Livre des Actes ·ManuscriptTraduit de l'anglais

ACT-02 Structure et contenu

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Le Livre des Actes

leçon 2

Structure et Contenu

© 2015 par Third Millennium Ministries

Tous droits réservés. Aucune partie de ce document ne peut être reproduite dans un but
lucratif, sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit, sans l’accord préalable
de l’auteur, Third Millennium Ministries Inc., P.O Box 300769, Fern Park, Florida
32730-0769 à l’exception de courtes citations destinées à des articles, des recensions, ou
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Sauf autre indication, toutes les citations bibliques sont celles de la Nouvelle Version
Second Révisée, Alliance Biblique Universelle 1992.

AU SUJET DE THIRD MILLENNIUM MINISTRIES

Fondée en 1997, Third Millennium Ministries est une association chrétienne à but non lucratif, qui se consacre à offrir une formation Biblique, entièrement gratuite, pour le monde entier. En réponse au besoin grandissant d’une formation solide et biblique pour les leaders de la planète, nous avons pu, grâce à des dons, créer un programme théologique multimédia facile à utiliser. Ecrit en anglais, il est déjà traduit en partie dans 4 langues principales, à savoir, en espagnol, en russe, en chinois (mandarin), en langue arabe–et maintenant en français. Ce programme a déjà été largement distribué à de nombreux leaders chrétiens qui en ont le plus besoin mais qui n’ont pas la possibilité ni les moyens de se payer une formation théologique traditionnelle. Toutes les leçons sont écrites, conçues et produites par notre équipe, et sont créés dans le style et avec la qualité de la chaine télévisée « The History Channel ». Cette formation de leaders chrétiens, à la fois unique et économique, a déjà fait ses preuves à travers le monde. Nous avons reçu le prix d’excellence de « Telly Award » pour le meilleur programme vidéo dans la catégorie Education et animation, et notre curriculum est actuellement utilisé dans plus de 150 pays. Le programme de Third Millennium est sous forme de DVD et de texte écrit, il est accessible via internet, la télévision satellite et la diffusion par radio et télévision.


Pour plus d’informations concernant notre ministère et pour savoir comment vous pouvez vous impliquer avec nous, nous vous invitons à nous rendre visite à http://french.thirdmill.org.

Sommaire

  1. Introduction 1
  2. Stratégie rhétorique 1
    1. But Affiché 2
      1. Récit historique 2
      2. Message de l’Évangile 4
    2. Soumission à l’Autorité 4
      1. Paroles 5
      2. Actes 7
    3. Schémas Structurels 8
      1. Phrases de résumé 8
      2. Croissance de l’Église 9
  3. Contenu 10
    1. Jérusalem 11
    2. Judée et Samarie 12
    3. Bout du Monde 13
      1. Phénicie, Chypre et Antioche 13
      2. Chypre, Phrygie et Galatie 14
      3. Asie, Macédoine et Achaïe 14
      4. Rome 15
  4. Application Moderne 16
    1. Caractère littéraire 16
      1. Sélectif 16
      2. Par épisode 17
      3. Implicite 18
    2. Discontinuités 20
      1. Époque différente 20
      2. Différentes circonstances 20
    3. Continuités 22
      1. Même Dieu 22
      2. Même but 22
      3. Même Évangile 23
  5. Conclusion 24

INTRODUCTION

En tant qu’enseignant, j’ai parfois l’occasion de voyager dans plusieurs pays à travers le monde. Avant chaque voyage, je vérifie toujours que j’ai bien compris deux choses importantes. Je m’assure d’abord que je sais où je vais. Je vérifie ensuite que je sais comment je vais me déplacer. Est-ce que je vais prendre l’avion ? Un bus ? Ou bien utiliser un autre moyen de transport ? Eh bien, nous nous trouvons dans une situation similaire quand nous lisons le livre des Actes. Les questions que nous nous posons nous aident à comprendre le sens de l’histoire ainsi que les techniques et les stratégies littéraires que Luc utilise pour nous guider jusqu’à destination.

C’est la deuxième leçon dans notre série sur le livre des Actes. Dans cette série, nous explorons le témoignage des premiers chrétiens qui ont prolongé le ministère de Jésus. Nous avons intitulé cette leçon « Structure et contenu » car nous allons voir comment Luc a organisé le contenu de son livre et quel message il a voulu nous transmettre.

Notre exploration de la structure et du contenu des Actes va se diviser en trois parties. Nous allons d’abord examiner la stratégie rhétorique du livre, en voyant comment la façon dont Luc écrit les Actes doit influencer la façon dont nous interprétons ce livre. Nous allons ensuite examiner le contenu du livre en notant comment les informations qu’il contient sont organisées et en considérant comment ces informations ont été comprises au premier siècle. Nous allons enfin proposer un modèle pour l’application moderne du livre en voyant comment le message original de Luc peut encore faire autorité aujourd’hui. Etudions d’abord la stratégie rhétorique du livre des Actes.

STRATÉGIE RHÉTORIQUE

Chaque fois que nous lisons un livre de la Bible, il est important de se familiariser avec la stratégie que l’auteur utilise pour persuader ses lecteurs de son point de vue. Nous devons nous poser les questions suivantes : pourquoi l’auteur a-t-il écrit ce livre ? Sur quelles autorités s’appuie-t-il pour justifier son propos ? Et comment a-t-il conçu son livre pour conduire ses lecteurs aux bonnes conclusions ? Les réponses à ces questions donnent lieu à tellement d’informations que nous ne devons jamais les ignorer.

En abordant le livre des Actes, nous allons nous concentrer sur trois aspects de la stratégie rhétorique de Luc. Nous allons d’abord parler de son but affiché. Nous allons ensuite voir qu’il s’appuie sur une certaine autorité. Nous allons enfin mentionner certains schémas structurels utilisés tout au long du livre. Commençons en examinant le but affiché de Luc dans le livre des Actes.

But Affiché

Quand un auteur écrit une œuvre considérablement longue et complexe, il a généralement plusieurs intentions et plusieurs objectifs en tête, ce qui est vrai pour Luc quand il écrit son œuvre en deux volumes composée de l’évangile de Luc et du livre des Actes. Il espère que son livre va avoir un impact sur la vie de Théophile et de l’église de plusieurs manières différentes. Nous devons donc veiller à ne pas simplifier son but à l’excès. Toutefois, Luc déclare explicitement que son œuvre a un but précis.

Comme nous le verrons, Luc déclare clairement que son but est double quand il écrit. D’un côté, il affirme que ses intentions sont historiques et qu’il désire écrire un récit historique de l’église du premier siècle qui soit à la fois vrai et fiable. D’un autre côté, il déclare qu’il a d’importantes intentions théologiques : un désir de transmettre et de confirmer la vérité et l’importance du message de l’Evangile. Nous allons examiner les deux aspects de ce double but de Luc en commençant par son intention d’écrire un vrai récit historique.

Récit Historique

Dans le prologue de son évangile, Luc chapitre 1 versets 1 à 3, Luc indique qu’il a le vif désir d’écrire une histoire authentique de l’église primitive. Ecoutons ce qu’il dit dans ce passage :

Plusieurs personnes ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont passés parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui en ont été les témoins oculaires depuis le début et qui sont devenus des serviteurs de la Parole de Dieu. J’ai donc décidé à mon tour de m’informer soigneusement sur tout ce qui est arrivé depuis le commencement, et de te l’exposer par écrit de manière suivie (Luc 1 :1-3).

Dans ce passage, le fait que Luc ait le souci de la vérité historique se voit de plusieurs manières. Il fait référence aux événements qui se sont passés parmi nous, c’est-à-dire aux événements historiques qui ont eu lieu. Luc mentionne aussi qu’il a consulté des témoins oculaires et qu’il a soigneusement enquêté sur les détails qu’il rapporte. Il a aussi pris le soin d’exposer ses découvertes par écrit de manière suivie pour que la vérité dont il rend compte soit communiquée avec clarté et précision.

Pour résumer, Luc a prévu que son œuvre en deux volumes composée de l’évangile et des Actes soit un véritable témoignage historique qui commence avec la vie de Jésus dans l’évangile et qui continue avec l’église du premier siècle dans le livre des Actes. Luc a le souci d’exposer la vérité historique car il a compris un principe de base qui revient à plusieurs reprises dans toute la Bible : Dieu se révèle dans l’histoire, l’espace et le temps de ce monde. Il œuvre à travers l’histoire pour apporter son salut et son jugement.

Malheureusement, au cours des derniers siècles, plusieurs théologiens critiques ont affirmé que les concepts de « salut » et de « jugement » étaient incompatibles avec la vérité historique. Ces spécialistes avancent généralement que les œuvres surnaturelles de Dieu n’ont tout simplement pas lieu dans l’histoire, dans l’espace et dans le temps. Ils croient plutôt que l’histoire est simplement naturelle et non surnaturelle. Par conséquent, quand les théologiens critiques lisent que Dieu a fait des miracles dans l’Ecriture, ils considèrent souvent que ces récits sont l’expression de sentiments religieux non fondés, une sorte de « fiction religieuse ».

Mais Luc lui-même indique clairement qu’il n’est pas en train d’écrire une fiction religieuse. Son but est de rendre compte de la vérité historique. En fait, la façon dont il écrit son livre permet de vérifier ou de réfuter facilement ses dires. Pour ne prendre qu’un exemple, Luc situe ses récits dans des contextes historiques bien connus. Dans le livre des Actes par exemple, nous trouvons des références à Gamaliel, au chapitre 5 verset 34, Gallion au chapitre 18 verset 12, Félix au chapitre 23 verset 26, et Festus au chapitre 24 verset 27, toutes ces personnes étant bien connues dans le monde juif et romain de l’époque. En mentionnant ces hommes et d’autres détails historiques, Luc permet à ses lecteurs d’examiner ses recherches de manière indépendante. Les lecteurs de Luc pouvaient parler avec d’autres personnes qui connaissaient ces gens et avaient entendu parler des événements mentionnés. Dans certains cas, ils pouvaient même lire les écrits d’autres auteurs sur les mêmes sujets. Si le témoignage de Luc n’avait pas été conforme à la réalité, les sceptiques auraient pu facilement le réfuter.

Depuis la fin du 19e siècle notamment, plusieurs spécialistes ont examiné la véracité historique des Actes en la comparant avec plusieurs textes extra-bibliques et d’autres informations archéologiques. Bon nombre de ces études indiquent que Luc est un historien fiable sur un certain nombre de points, mais le temps nous permet seulement de mentionner deux exemples spécifiques.

Premièrement, dans Actes chapitre 28 verset 7, Luc révèle qu’il a connaissance d’une terminologie historique spécifique. Dans ce verset, il fait référence au chef de l’île de Malte en tant que « premier personnage » tō prōtō tēs nēsou. Cette terminologie inhabituelle a intrigué plusieurs commentateurs au fil des siècles mais l’archéologie récente a démontré que c’était bien le titre officiel du chef de l’île à l’époque.

Deuxièmement, dans Actes chapitre 27 versets 21 à 26, la description du comportement de Paul alors qu’il est à bord d’un bateau est confirmée de plusieurs manières par la recherche historique. Dans ces versets, Luc écrit que Paul s’adresse à tous les membres d’équipage du bateau qui le transporte à Rome, en les conseillant et les encourageant pendant une grande tempête. Par le passé, plusieurs théologiens critiques affirmaient qu’un prisonnier comme Paul n’aurait pas pu se permettre de parler aussi ouvertement. Ils ont donc conclu que Luc avait brossé un portrait fictif et héroïque de l’apôtre. Mais de récentes recherches ont démontré que les lois maritimes du premier siècle permettaient à n’importe qui de prendre la parole pour donner des conseils à l’équipage quand les bateaux étaient en grand danger.

Ces deux exemples montrent que le récit de Luc est fidèle aux faits de l’histoire. Et son désir d’écrire une histoire basée sur de véritables événements historiques nous rappelle que la vérité éternelle de Dieu n’est pas détachée des réalités concrètes de la vie. Dans la foi biblique, le salut vient plutôt dans l’histoire et au travers de l’histoire ce de monde. Voilà pourquoi Luc avait tellement le souci d’écrire un récit historique basé sur la réalité.

Message de l’Evangile

En gardant à l’esprit le but historique de Luc, nous devons maintenant mentionner une deuxième dimension de l’intention de Luc : le but théologique qui consiste à transmettre la réalité et la puissance du message de l’Evangile dans le livre des Actes. Ecoutons à nouveau ce que dit Luc chapitre 1 versets 3 et 4 :

J’ai donc décidé… de te l’exposer par écrit de manière suivie… ainsi, tu pourras reconnaître l’entière véracité des enseignements que tu as reçus (Luc 1.3-4).

Comme nous le voyons ici, Luc a écrit l’histoire des Actes pour confirmer ce qu’on avait enseigné à Théophile et d’autres. Cela signifie qu’on peut, à juste titre, décrire le livre des Actes comme étant une sorte d’histoire catéchétique ou didactique. Luc voulait que Théophile et ses autres lecteurs adoptent certains points de vue, certaines convictions théologiques, certaines perspectives sur l’importance théologique des événements historiques qu’il rapporte dans le livre des Actes.

Comme nous l’avons vu dans une leçon précédente, Luc considère le monde et toute l’histoire sous l’angle de la seigneurie et du royaume de Christ. Pour Luc, les attentes et les promesses de l’Ancien Testament sont accomplies au travers de Jésus et de l’église. Et il veut que Théophile comprenne les événements qu’il rapporte au sujet de l’église primitive sous cet angle pour voir comment Christ, à travers l’Esprit de Dieu, a établi et continue d’établir le royaume de Dieu en lui-même. En lisant le livre des Actes aujourd’hui, nous devons donc toujours garder à l’esprit que Luc ne rapporte pas simplement des faits historiques pour que nous sachions ce qui s’est passé il y a longtemps. Il attire plutôt notre attention sur des enseignements qui constituent les fondements de l’église : le témoignage fiable de l’œuvre continue de Christ à travers le Saint-Esprit.

Soumission à l’autorité

En gardant à l’esprit le double but que Luc affiche dans les Actes, nous sommes prêts à considérer un second aspect de sa stratégie rhétorique : sa soumission à l’autorité. Luc n’affirme pas les vérités historiques et théologiques qu’il rapporte sur la base de sa propre autorité mais sur l’autorité de Christ et de ses apôtres. Ainsi, Luc sert de véritable témoin de l’Evangile.

Ce qui est frappant dans les Actes, c’est le nombre d’informations consacrées aux paroles et aux gestes de ceux qui servent de témoins essentiels du Seigneur. Quand Christ monte au ciel, il nomme ses apôtres en tant que témoins et leur confie l’autorité de continuer l’œuvre de son royaume tout en dépendant de lui. De temps en temps, il confie aussi une certaine autorité à des prophètes et à d’autres responsables clés de l’église pour qu’ils proclament son message. Et alors que Luc cherche à persuader Théophile et l’église plus large de ses propres perspectives, il fait plusieurs fois référence aux responsables de l’église primitive, notamment aux apôtres et aux prophètes, pour illustrer et accréditer ses propres points de vue.

Pour explorer la soumission de Luc à l’autorité plus en détail, nous allons nous concentrer sur deux questions. Nous allons d’abord considérer la façon dont Luc invoque des paroles qui font autorité. Nous allons ensuite examiner les références à des actes qui font autorité. Commençons par l’insistance de Luc sur des paroles qui font autorité dans l’église.

Paroles

Comme nous l’avons mentionné dans notre leçon précédente, Luc n’est pas un apôtre. Il est probablement devenu chrétien après l’ascension de Jésus au ciel. Pendant ses voyages avec et sans Paul, Luc a enquêté sur le ministère de Jésus et des apôtres et rapporté le témoignage des témoins oculaires que le Seigneur a choisis.

Dans un sens, tous les disciples de Christ sont ses témoins. Mais quand l’église a été établie, Jésus a confié aux apôtres la mission d’être des témoins infaillibles. Les apôtres sont les seuls que Jésus a nommés et auxquels il a délégué sa puissance pour qu’ils soient des témoins permanents faisant autorité sur terre en son absence. En outre, de temps à autre, le Seigneur a appelé des responsables officiels tels que Luc pour témoigner avec autorité.

La façon la plus remarquable dont Luc présente des paroles qui font autorité consiste à rapporter des discours. Au lieu de simplement commenter l’enseignement de l’église, Luc rapporte régulièrement de grands discours, permettant ainsi aux représentants officiels du Seigneur de s’exprimer en tant que personnes œuvrant dans l’histoire.

En fait, environ 30% des Actes est composé de débats, de dialogues, de monologues, de sermons et d’autres types de présentations orales. Ce pourcentage de discours est bien plus élevé que celui que nous trouvons dans d’autres récits anciens, sans doute parce que Luc s’appuie sur des discours pour montrer l’autorité des apôtres. En tout, il y a environ 24 discours dans les Actes : huit de Pierre, neuf de Paul, un d’Etienne, un de Jacques et quelques discours d’autres personnes. Et la vaste majorité de ces discours sont prononcés par des apôtres. Les autres discours sont principalement prononcés par des prophètes et d’autres responsables importants de l’église.

Mais pourquoi tout cela est-il important ? Les discours des Actes nous révèlent l’identité des responsables de l’église primitive et leur avis sur plusieurs questions. Ils nous expliquent pourquoi les disciples étaient prêts à souffrir pour Christ. Ils témoignent du ministère des apôtres et rapportent leurs instructions pour bâtir le royaume de Dieu. Ils officialisent également les perspectives de Luc sur l’histoire de l’église primitive.

Aux 19e et 20e siècles, plusieurs théologiens critiques n’ont pas accepté l’idée que Luc ait pu fournir de vrais comptes-rendus des discours qu’il inclut dans les Actes. Et nous devons admettre qu’il y a, dans l’histoire ancienne, des exemples de récits historiques dans lesquels les discours ne sont pas basés sur des faits.

Mais bon nombre de théologiens critiques et évangéliques font remarquer que plusieurs historiens ayant vécu avant, pendant et après l’époque de Luc ont travaillé dur pour s’assurer que les discours inclus dans leurs histoires représentent fidèlement ce qui a été dit dans les faits. Et en réalité, en examinant de plus près les discours qui se trouvent dans les Actes, nous trouvons des éléments probants indiquant que Luc fait partie de ces historiens fiables. Les discours qu’il inclut dans son livre représentent donc bien un enseignement apostolique faisant autorité.

La principale raison pour laquelle nous pouvons nous fier aux discours rapportés dans le Actes, c’est parce que Luc a été inspiré par le Saint-Esprit pour écrire une histoire infaillible faisant autorité. Il y a néanmoins quatre autres raisons qui nous permettent de considérer ces discours comme de fidèles représentations de vrais discours.

Premièrement, ces discours ont leur propre style. Par rapport à d’autres sections des Actes, ils semblent naturels et leur style est relativement simple. Dans certains de ces discours, le grec employé est rustique et peu raffiné. Cela montre que Luc s’attachait plus à rapporter ce que les gens disaient dans les faits qu’à essayer d’affiner et de modifier leurs discours.

Deuxièmement, ces discours s’intègrent très bien dans leur contexte respectif. Chaque discours est adapté à l’orateur et à son public. Par exemple, dans Actes chapitre 4, Pierre s’adresse aux chefs des Juifs après avoir guéri un homme infirme. Et bien qu’il proclame le salut en Christ dans son discours (ce à quoi on pourrait s’attendre si Luc avait inventé ce discours), Pierre attire directement l’attention sur la guérison pour prouver qu’il dit vrai. De plus, les chefs de Juifs, qui n’étaient pas croyants, n’auraient pas pu contredire Pierre dans la mesure où ils avaient eux-mêmes assisté à la guérison. De la même manière, les discours de Paul reflètent leur contexte respectif. Par exemple, dans Actes chapitre 13, l’apôtre parle de manière très différente aux Juifs et aux craignant-Dieu d’Antioche de Pisidie qu’aux stoïques et aux épicuriens en Actes 17.

Troisièmement, chaque discours reflète la personnalité de l’orateur. Même si l’on pourrait s’attendre à ce que des thèmes communs soient abordés, chaque orateur affiche des caractéristiques bien particulières. Par exemple, dans le discours de Paul aux anciens d’Ephèse dans Actes chapitre 20, il y a un nombre impressionnant de parallèles avec les lettres de Paul. C’est exactement le genre de discours auquel on s’attend de la part de l’auteur de ces lettres.

Quatrièmement, à certains endroits, Luc déclare explicitement qu’il a résumé ou abrégé certains discours. Par exemple, dans Actes chapitre 2 verset 40, il mentionne que Pierre a aussi prononcé « d’autres paroles ». Cela devrait nous inciter à croire que le but de Luc consiste généralement à offrir une représentation plus complète des discours prononcés dans leur contexte original. Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, nous pouvons avoir l’assurance que Luc a rapporté des discours historiquement authentiques. Il n’a pas inventé ou fabriqué les discours des Actes pour qu’ils correspondent à ses objectifs. Il fonde plutôt l’autorité de ses propres commentaires et de ses élaborations narratives sur le témoignage authentique des apôtres, témoignage faisant autorité.

Outre le fait qu’il rapporte des paroles faisant autorité, Luc s’appuie également sur des récits rapportant des actes qui font autorité et qui ont été accomplis dans l’église primitive pour confirmer le message théologique transmis dans le livre des Actes.

Actes

Par son Saint-Esprit, Dieu a confié son autorité aux apôtres (et parfois à des prophètes et à d’autres responsables importants dans l’histoire de l’église) par plusieurs biais miraculeux qui confirment le message de l’Evangile qu’ils annoncent. A travers des miracles (des dons spirituels spectaculaires aux guérisons en passant par la résurrection des morts), le Saint-Esprit témoigne que les apôtres sont bien les représentants officiels de Christ.

Considérons Actes chapitre 13 versets 7 à 12, passage dans lequel le ministère de Paul est confirmé devant le proconsul de Paphos. Ecoutons ce que Luc rapporte dans ces versets :

Il faisait partie de l’entourage du proconsul Sergius Paulus, un homme intelligent. Celui-ci invita Barnabas et Saul et leur exprima son désir d’entendre la Parole de Dieu. Mais Elymas le magicien… s’opposait à eux ; il cherchait à détourner le proconsul de la foi. Alors… Paul, rempli du Saint-Esprit, s’adressa à lui en le regardant droit dans les yeux : … [La] main du Seigneur va te frapper, tu vas devenir aveugle et, pendant un certain temps, tu ne verras plus la lumière du soleil. Au même instant, les yeux d’Elymas s’obscurcirent ; il se trouva plongé dans une nuit noire et se tournait de tous côtés en cherchant quelqu’un pour le guider par la main. Quand le proconsul vit ce qui venait de se passer, il crut ; car il avait été vivement impressionné par l’enseignement qui lui avait été donné au sujet du Seigneur (Actes 13 :7-12)

Alors qu’Elymas s’oppose à l’Evangile, Paul est rempli du Saint-Esprit pour qu’il soit frappé de cécité. Quant à l’enseignement et aux actes de Paul, ils persuadent le proconsul de la véracité de l’Evangile.

Luc rapporte des paroles et des actes qui font autorité pour que ses lecteurs soient persuadés de la véracité de ses récits. Il veut que ses lecteurs comprennent que les apôtres ont bien reçu l’autorité du Seigneur Jésus et qu’en tous lieux et parmi toutes les générations, les chrétiens sont obligés de suivre leur témoignage alors qu’ils continuent à bâtir le royaume de Dieu en dépendant de Christ.

Maintenant que nous avons considéré le but affiché de Luc et le fait qu’il dépende d’une certaine autorité, nous sommes prêts à nous intéresser à une troisième dimension de la stratégie rhétorique de Luc : les schémas structurels que Luc utilise tout au long du livre des Actes.

Schémas Structurels

Dans le livre des Actes, il y a plusieurs schémas structurels mais, pour gagner du temps, nous allons nous concentrer sur deux facettes de la structure des Actes. Nous allons d’abord explorer le schéma dominant des phrases de résumé répétées. Nous allons ensuite étudier le schéma de la croissance de l’église qui revient souvent dans les Actes. Commençons par la façon dont Luc utilise les phrases de résumé.

Phrases de résumé

Dans les récits, les auteurs bibliques révèlent leur présence à plusieurs niveaux différents. Parfois, pour des raisons pratiques, ils se cachent derrière l’action d’une histoire. A d’autres moments, ils signalent leur présence pour faire des commentaires explicites sur ce qui arrive dans leurs récits. On appelle cette dernière technique le commentaire d’auteur. Luc fait beaucoup de commentaires d’auteur tout au long des Actes. Il donne des informations contextuelles, révèle les intentions cachées de ses personnages, décrit le cadre de ses histoires, etc. S’il fait cela, c’est pour s’assurer que son message est présenté aussi clairement et fidèlement que possible. L’un des moyens qu’il utilise pour commenter les événements de son livre, ce sont les phrases de résumé.

Plusieurs lecteurs ont remarqué que le livre des Actes décrit la progression de l’Evangile à partir de Jérusalem. Et à plusieurs reprises au cours de ce processus, Luc s’arrête pour résumer les événements depuis le début. Nous allons voir comment Luc utilise des phrases de résumé pendant six périodes de son histoire : le succès de l’Evangile à Jérusalem, en Judée et Samarie, de Samarie à Antioche de Syrie, à Chypre, en Phrygie et en Galatie, en Asie, Macédoine and Achaïe, et de Jérusalem jusqu’à Rome.

Prenons par exemple Actes chapitre 5 verset 42, où Luc résume le succès et l’activité de l’église en ces termes :

Et chaque jour, dans la cour du Temple ou dans les maisons particulières, ils continuaient à enseigner et à annoncer le Messie Jésus (Actes 5 :42.)

Voilà le type de phrase de résumé que Luc utilise régulièrement tout au long du livre des Actes pour souligner le succès de l’Evangile par étapes et la croissance de l’église. Ecoutons son commentaire dans Actes chapitre 28 versets 30 et 31 :

[Paul] resta deux années entières dans le logement qu’il avait loué. Il y recevait tous ceux qui venaient le voir. Il proclamait le royaume de Dieu et enseignait, avec une pleine assurance et sans aucun empêchement, ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ (Actes 28 :30-31).

Maintenant que nous avons vu comment Luc attire notre attention sur certaines caractéristiques de son histoire grâce à des phrases de résumé, intéressons-nous au schéma de la croissance de l’église qui émerge entre ces phrases de résumé.

Croissance de l’Église

Quand Luc décrit la croissance de l’église, il mentionne régulièrement deux paires de forces dynamiques. D’un côté, il parle de croissance interne et de tensions au sein de l’église. D’un autre côté, il parle de croissance externe et d’opposition provenant de l’extérieur de l’église. Nous illustrerons ce schéma plus loin dans cette leçon. Pour le moment, expliquons simplement ce que nous voulons dire.

Par l’expression croissance interne, nous faisons référence aux effets positifs de l’Evangile au sein de la communauté chrétienne. On peut dire qu’il s’agit d’une forme de croissance qualitative favorisant la maturité spirituelle des individus et de l’église dans son ensemble. Et par le mot tension, nous pensons aux problèmes, aux questions, aux controverses et aux épreuves qui ont eu lieu dans l’église. Dans le livre des Actes, Luc montre régulièrement qu’il y a une relation réciproque entre croissance interne et tension. La croissance interne entraîne des tensions et les tensions entraînent la croissance interne.

La seconde paire d’éléments que Luc utilise dans son schéma structurel est composée de croissance externe et d’opposition. Par croissance externe, nous pensons à la croissance numérique de l’église à laquelle de nouveaux membres sont ajoutés. La forme de cette croissance est quantitative. Et par le terme opposition, nous faisons référence au fait que des conflits surviennent souvent entre l’église et le monde non-croyant quand ce dernier réagit négativement à l’Evangile. Encore une fois, il y a une relation réciproque entre ces deux idées dans les Actes. La croissance externe entraîne parfois l’opposition et l’opposition entraîne parfois la croissance externe.

De plus, Luc montre souvent qu’il y a une relation réciproque entre ces deux pairs d’éléments, entre croissance interne et tensions d’un côté, et croissance externe et opposition de l’autre. Autrement dit, Luc indique régulièrement que la croissance interne et les tensions donnent lieu à la croissance externe et l’opposition, et que la croissance externe et l’opposition provoquent une croissance interne et des tensions. Comme nous le verrons plus loin dans cette leçon, ce schéma de croissance de l’église apparaît si fréquemment dans les Actes qu’il constitue un cadre conceptuel ou un squelette au sein du livre.

Les résumés que Luc fait tout au long de son livre expliquent que chaque section majeure du livre des Actes décrit la progression de l’Evangile au fur et à mesure qu’il se répand grâce au témoignage des premiers chrétiens. Imaginez l’effet que ces commentaires ont pu avoir sur Théophile et les autres personnes qui ont lu le livre de Luc ! Ils ont dû encourager les croyants de toutes les régions à persévérer car, quelle que soit l’intensité ou la gravité de l’opposition, Dieu est toujours à l’œuvre au travers de l’Evangile pour contribuer à la croissance interne et externe de l’église. Ces commentaires ont également dû inciter les premiers chrétiens à interpréter toute l’histoire à partir de la perspective de Luc. Et ils ont sans doute assuré aux croyants que s’ils continuaient à témoigner fidèlement de leur Seigneur et sauveur, ils verraient aussi l’Evangile progresser à leur époque, et ce malgré des problèmes internes et externes.

CONTENU

En gardant à l’esprit certaines dimensions centrales de la stratégie rhétorique de Luc, intéressons-nous maintenant à notre second sujet : le contenu du livre des Actes. Bien qu’il y ait plusieurs manières de résumer le contenu de ce livre, nous allons nous concentrer sur la façon dont Luc décrit la croissance de l’église en tant qu’accomplissement partiel du royaume de Dieu sur terre.

L’œuvre de Luc en deux volumes composée de l’évangile de Luc et du livre des Actes explique comment Jésus a apporté et commencé à bâtir le royaume terrestre de Dieu grâce à la proclamation de l’Evangile. Dans cet Evangile, Luc décrit les bases du royaume que Jésus a posées pendant son ministère terrestre. Et dans le livre des Actes, Luc explique comment Jésus a déversé le Saint-Esprit pour déléguer sa puissance aux apôtres et à l’église afin qu’ils continuent son œuvre consistant à bâtir le royaume. De cette manière, le royaume de Dieu constitue le thème englobant des deux volumes de l’œuvre de Luc. En explorant le contenu des Actes, nous allons donc prêter une attention particulière à la façon dont le royaume a continué à se répandre sous l’autorité des apôtres.

Quand Jésus nomme ses apôtres dans Actes chapitre 1 verset 8, il leur ordonne d’être des témoins en proclamant l’Evangile d’abord à Jérusalem puis à le répandre dans le reste du monde. Écoutons encore les paroles que Jésus adresse aux apôtres en Actes chapitre 1 verset 8 :

Mais le Saint-Esprit descendra sur vous : vous recevrez sa puissance et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout du monde (Actes 1 :8).

Dans ce verset, Jésus expose une stratégie géographique pour le témoignage de l’église. Remplis du Saint-Esprit, les apôtres vont commencer à témoigner à Jérusalem puis à apporter l’Evangile en Judée et en Samarie, et finalement jusqu’au bout du monde en répandant le royaume partout où ils vont.

Plusieurs théologiens observent que Luc a organisé le livre des Actes autour de l’appel de Jésus à répandre l’Evangile grâce au témoignage géographique de ses disciples. Et nous suivrons le même schéma en enquêtant sur son œuvre. Nous allons d’abord considérer la façon dont Luc décrit la progression de l’Evangile à Jérusalem dans Actes chapitre 1 verset 1 au chapitre 8 verset 4. Nous allons ensuite nous intéresser à l’expansion du royaume en Judée et en Samarie du chapitre 8 verset 5 au chapitre 9 verset 31. Nous allons enfin nous concentrer sur la façon dont l’église a porté l’Evangile jusqu’au bout du monde du chapitre 9 verset 32 au chapitre 28 verset 31. En raison de la longueur de cette troisième section, nous allons lui accorder une importance particulière en nous concentrant sur quatre étapes de croissance telles qu’elles sont suggérées par Luc dans les phrases de résumé que nous avons déjà mentionnées : premièrement en Phénicie, à Chypre et à Antioche du chapitre 9 verset 32 au chapitre 12 verset 25 ; deuxièmement à Chypre, en Phrygie et Galatie du chapitre 13 verset 1 au chapitre 15 verset 35 ; troisièmement en Asie, Macédoine et Achaïe du chapitre 15 verset 36 au chapitre 21 verset 16 ; et quatrièmement jusqu’à Rome du chapitre 21 verset 17 au chapitre 28 verset 31.

Nous allons étudier chacune de ces sections plus en détail en nous concentrant sur les schémas de croissance interne et de tension, et de croissance externe et d’opposition que nous avons décrits plus tôt. Commençons par la façon dont le royaume a été établi à Jérusalem grâce au témoignage des apôtres du chapitre 1 verset 1 au chapitre 8 verset 4.

Jérusalem

Jérusalem est la capitale de l’Israël antique, la nation que Dieu a spécialement choisie dans l’Ancien Testament. Jérusalem est le point de départ du récit de Luc en raison du rôle central que cette ville a joué dans le royaume de Dieu tout au long de l’Ancien Testament mais aussi dans le ministère de Jésus. De plus, Luc parle d’événements qui ont eu lieu à Jérusalem à d’autres endroits du livre des Actes en montrant régulièrement que l’œuvre des apôtres, qui ont répandu l’Evangile dans de nouvelles régions, était toujours enracinée dans cette ville si spéciale.

Luc rapporte la progression du royaume grâce à la proclamation de l’Evangile à Jérusalem dans quatre grands groupes de récits : premièrement, l’attente et l’effusion de l’Esprit dans Actes chapitres 1 et 2 ; deuxièmement, le sermon de Pierre dans le temple et la persécution qui a suivi dans Actes chapitres 3 et 4 ; troisièmement, l’histoire d’Ananias and Saphira et la persécution qui a suivi dans Actes chapitre 5 ; et quatrièmement, l’élection des diacres et la persécution qui a suivi de Actes chapitre 6 verset 1 à Actes chapitre 8 verset 4.

A titre d’exemple, la notion de croissance interne apparaît dans un certain nombre d’événements bien connus qui ont eu lieu à Jérusalem comme :

  • La mission confiée aux apôtres dans Actes chapitre 1 ;
  • L’effusion du Saint-Esprit à la Pentecôte en Actes chapitre 2 ;
  • L’expérience des miracles à Jérusalem et surtout ceux accomplis par Pierre dans Actes chapitres 3, 4 et 5 ;

En même temps, nous constatons qu’il y a des tensions au sein de la communauté chrétienne et ce à plusieurs égards :

  • La question liée à la personne qui va devenir le douzième apôtre dans Actes chapitre 1 ;
  • Le mensonge d’Ananias et Saphira à propos de l’argent qu’ils ont donné dans Actes chapitre 5 ; et
  • La discrimination contre les veuves de culture grecque dans Actes chapitre 6.

En plus de cela, le compte-rendu que fait Luc à propos du témoignage des chrétiens à Jérusalem suit également le schéma de croissance externe et d’opposition. Par exemple :

  • Le jour de la Pentecôte, environ 3000 personnes ont été ajoutées à l’église Actes chapitre 2 ;
  • Le nombre de membres de l’église a augmenté pour atteindre environ 5000 personne quand Jean et Pierre ont été emprisonnés dans Actes chapitre 4 ; et
  • Plusieurs prêtres juifs ont été ajoutés à l’église dans Actes chapitre 6.

Toutefois, comme nous l’avons déjà suggéré, cette croissance externe est mise en parallèle avec une vive opposition de la part du monde non-croyant comme quand :

  • Pierre et Jean ont été arrêtés et battus dans Actes chapitre 5 ;
  • Etienne est mort en martyre dans Actes chapitre 7 ; et
  • Les croyants de Jérusalem ont été dispersés à cause d’une persécution dans Actes chapitre 8.

On aurait pu s’attendre à ce que les tensions internes et l’opposition externe découragent l’église naissante à Jérusalem. Mais grâce à la puissance du Saint-Esprit, c’est précisément le contraire qui s’est passé. Le témoignage des croyants a continué à se répandre avec une grande force, sans être finalement entravé dans sa progression.

Judée et Samarie

La deuxième grande division du livre des Actes se concentre sur le témoignage des croyants en Judée et en Samarie de Actes chapitre 8 verset 5 à Actes chapitre 9 verset 31. Les régions de Judée et Samarie correspondent à peu près au sud et au nord de la terre promise à Israël dans l’Ancien Testament. Jésus avait lui-même exercé son ministère dans ces régions avant son ascension. La focalisation de Luc sur la Judée et la Samarie peut se diviser en deux grands groupes d’histoires : le ministère de Philippe dans Actes chapitre 8 versets 5 à 40 et la conversion de Paul dans Actes chapitre 9 versets 1 à 31.

Ces histoires attirent notre attention sur la croissance interne de l’église. Par exemple, cette croissance continue alors que : De nouveaux croyants continuent à être remplis du Saint-Esprit dans Actes chapitre 8 ; et Saul est nommé apôtre après sa conversion dans Actes chapitre 9.

Cependant, en parallèle de ces événements, des tensions montent au sein de l’église. Par exemple : Des questions sont soulevées dans Actes chapitre 8 car certains croyants n’ont pas encore reçu le Saint-Esprit ; Simon le magicien essaye d’acheter la puissance du Saint-Esprit aux apôtres dans Actes chapitre 8.

D’un autre côté, le schéma de croissance externe et d’opposition continue. Par exemple, l’église continue de grandir numériquement en Judée et en Samarie grâce à des événements tels que : Les nombreuses personnes qui se convertissent suite au ministère d’évangélisation de Philippe dans Actes chapitre 8 ; et la conversion de Paul dans Actes chapitre 9.

Cependant, cette croissance n’a pas lieu sans l’opposition des non-croyants. Par exemple : Saul persécute les croyants avant sa conversion dans Actes chapitre 9 ; et Certains Juifs tentent d’assassiner Saul suite à sa conversion dans Actes chapitre 9.

Mais encore une fois, les tensions internes et l’opposition externe ne parviennent pas à entraver le progrès de l’église. En fait, le Saint-Esprit utilise plutôt ces difficultés pour rendre l’église plus mûre et la faire grandir sur le plan numérique.

Bout du monde

La troisième grande section des Actes décrit la façon dont l’Evangile s’est répandu au-delà des frontières de la terre promise, jusqu’au bout du monde, tel qu’on le connaissait à l’époque. Comme nous l’avons mentionné, nous allons étudier cette section plus en détail en commençant par la progression de l’Evangile en Phénicie, à Chypre et à Antioche du chapitre 9 verset 32 au chapitre 12 verset 25.

Phénicie, Chypre et Antioche

Cette section décrit la première vague de l’Evangile qui déferle au-delà de la Judée et de la Samarie, et qui se répand dans les régions païennes voisines de Phénicie, de Chypre et d’Antioche de Syrie.Dans cette section des Actes, nous entendons parler du ministère de Pierre à Lydda et Jaffa dans Actes chapitre 9 versets 32 à 43 ; du ministère de Pierre à Césarée auprès de Corneille, un païen, du chapitre 10 verset 1 au chapitre 11 verset 18 ; de la progression de l’Evangile à Antioche de Syrie au chapitre 11 verset 19 à 30 ; et de la libération miraculeuse de Pierre alors qu’il est en prison à Jérusalem au chapitre 12 versets 1 à 25.

Sans surprise, le schéma de croissance interne et de tension continue ici aussi. Luc rapporte plusieurs exemples de croissance interne. Par exemple : Des païens sont intégrés dans l’église dans Actes chapitre 10 ; et L’église est encouragée par la libération miraculeuse de Pierre alors qu’il est en prison dans Actes chapitre 12 ;

Et bien sûr, il y aussi des tensions qui sont liées. Par exemple : Plusieurs Juifs hésitent à accueillir les païens en tant que membres à part entière de l’église dans Actes chapitre 11 ; et Plusieurs s’opposent à l’assouplissement des règles alimentaires de l’Ancien Testament dans Actes chapitre 11.

Dans cette section, Luc met également l’accent sur le schéma de croissance externe et d’opposition. Par exemple, il parle de croissance externe en racontant : La conversion de Cornelius et de beaucoup d’autres non-Juifs dans Actes chapitre 10 ; Le succès du ministère d’évangélisation de Barnabas et d’autres à Antioche en Actes chapitre 11.

Mais cette croissance n’a pas lieu sans opposition : Cette persécution inclut la mort de Jacques dans Actes chapitre 12 ; et L’emprisonnement de Pierre dans Actes chapitre 12.

Malgré cette tension et cette opposition, le témoignage des croyants n’a finalement pas été entravé. Le Saint-Esprit a continué à bénir l’évangélisation et le discipulat de l’église. Le Seigneur a vaincu les divisions raciales et les persécutions, libérant même Pierre miraculeusement de prison. Quels que soient les obstacles qui se sont dressés sur son chemin, l’Evangile à continuer à avancer.

Chypre, Phrygie et Galatie

De Actes chapitre 13 verset 1 à Actes chapitre 15 verset 35, Luc s’intéresse à sa quatrième grande section : la diffusion de l’Evangile à Chypre, en Phrygie et en Galatie. Dans cette section, après avoir atteint Jérusalem, la Judée et la Samarie, l’Evangile se répand dans les régions de l’est de l’Asie mineure. Cette section des Actes se divise en deux parties principales : le premier voyage missionnaire de Paul dans Actes chapitre 13 verset 1 au chapitre 14 verset 28, et le conseil de Jérusalem dans Actes chapitre 15 verset 1 à 35.

Conformément à sa stratégie, Luc reproduit aussi le schéma de croissance interne et de tension dans cette section. Il fait référence à une croissance interne en parlant d’événements tels que : L’encouragement de Paul adressé aux églises de Galatie dans Actes chapitre 14 ; et Le conseil de Jérusalem lors duquel on a décidé de ne pas imposer la circoncision aux païens qui s’étaient convertis à Christ dans Actes chapitre 15.

Dans cette section, Luc mentionne aussi des tensions internes notamment quand il parle de difficultés pratiques liées aux païens convertis. Ces tensions surviennent entre croyants Juifs et non-Juifs qui débattent de : La circoncision et la rigueur du régime alimentaire juif dans Actes chapitre 15.

En matière de croissance externe et d’opposition, Luc mentionne plusieurs phénomènes tels que : La croissance numérique suscitée par le premier voyage missionnaire de Paul tel qu’il est rapporté dans Actes chapitre 14. Mais comme avant, cette croissance s’accompagne d’une vive opposition. Par exemple : Paul et Barnabas ont été plusieurs fois rejetés par les non-croyants juifs, surtout à Lystre, Iconium et Antioche dans Actes chapitre 14. Malgé tout, le Saint-Esprit a continué à faire avancer l’église et à surmonter tous les obstacles qui se sont dressés sur le chemin de son peuple. L’Evangile qu’on ne peut arrêter continue à accomplir les plans de Dieu.

Asie, Macédoine et Achaïe

La cinquième grande section des Actes va du chapitre 15 verset 36 au chapitre 21 verset 16, où le témoignage des croyants s’étend aux provinces romaines d’Asie, de Macédoine et d’Achaïe. Cette section des Actes se concentre sur le deuxième et le troisième voyage missionnaire de Paul, voyages pendant lesquels l’apôtre traverse l’Asie mineure de l’est, comme il l’a fait auparavant. Mais il poursuit son voyage jusqu’à la province d’Asie en Asie mineure de l’ouest et la mer Egée pour finalement atteindre plusieurs villes de Macédoine et d’Achaïe de la Grèce actuelle.

Le deuxième voyage missionnaire de Paul est décrit de Actes chapitre 15 verset 36 à Actes chapitre 18 verset 22, et son troisième voyage missionnaire du chapitre 18 verset 23 au chapitre 21 verset 16. Dans le cadre d’un schéma que nous devrions maintenant bien connaître, ces chapitres mettent en évidence la relation entre croissance interne et tension. Nous trouvons beaucoup d’exemples de croissance interne tels que :

Les explications apportées à Apollos par Aquilas et Priscille dans Actes chapitre 18 ; et

L’enseignement prolongé de Paul dans les synagogues d’Ephèse et à l’école de Tyrannus dans Actes chapitre 19.

Et bien sûr, de vives tensions accompagnent cette croissance interne. Par exemple : Paul et Barnabas se disputent au sujet de Marc et se séparent dans Actes chapitre 15 ; et Paul encourage les croyants à se méfier de ceux qui, dans l’église, ont des motivations impures dans Actes chapitre 20.

Luc parle aussi de croissance externe et d’opposition. Par exemple, nous assistons à une croissance externe quand Paul gagne de nombreux convertis et implante des églises pendant son deuxième et troisième voyage missionnaire dans Actes chapitres 15 à 21. Mais Luc témoigne aussi d’une certaine opposition quand : Une foule en colère essaye de tuer Paul ; et Les zélotes juifs poursuivent Paul de ville en ville dans Actes chapitres 17 et 20. Encore une fois, Luc montre que l’Evangile se répand efficacement dans le monde entier. Les tensions internes et l’opposition externe constituent des difficultés constantes mais ces difficultés ne peuvent empêcher la progression du témoignage des croyants remplis du Saint-Esprit.

Rome

Enfin, la dernière grande section du récit de Luc se concentre sur le témoignage des chrétiens à Rome de Actes chapitre 21 verset 17 à Actes chapitre 28 verset 31. Cette section se concentre sur le voyage de Paul qui part de Jérusalem puis sur l’arrestation qui suit, son emprisonnement et son transfert à Rome. Ces éléments se divisent à peu près en quatre grandes sections : le témoignage final de Paul à Jérusalem de Actes chapitre 21 verset 17 à Actes chapitre 23 verset 11 ; l’emprisonnement de Paul du chapitre 23 verset 12 au chapitre 26 verset 32 ; son difficile voyage à Rome du chapitre 27 verset 1 au chapitre 28 verset 14 ; et enfin son témoignage à Rome au chapitre 28 des versets 15 à 31.

Comme nous pouvons nous y attendre, ces chapitres incluent un schéma bien connu composé de croissance interne et de tension. Nous constatons la présence de plusieurs éléments de croissance interne, y compris les choses suivantes : La joie que les croyants juifs de Jérusalem ressentent quand ils apprennent que plusieurs non-Juifs sont venus à la foi dans Actes chapitre 21 ; et le fait que Paul et d’autres sont prêts à souffrir et même à mourir pour répandre l’Evangile dans Actes chapitre 22.

Mais nous voyons aussi que cette croissance interne s’accompagne de tensions telles que : La rumeur selon laquelle Paul encourage les croyants juifs à abandonner leurs traditions dans Actes chapitre 21 ; et la tension consécutive que sa présence a suscitée dans l’église de Jérusalem dans Actes chapitre 21.

Nous constatons aussi la présence d’un schéma composé de croissance externe et d’opposition. Luc rapporte que l’église a fait beaucoup de progrès en matière de croissance externe pendant cette période. Par exemple : Paul est en mesure de présenter l’Evangile à plusieurs fonctionnaires de haut rang dans Actes chapitre 23, 24, 25, 26, 28 ; et il prêche sans entrave à Rome dans Actes chapitre 28. Mais Luc indique aussi que cette croissance s’accompagne d’une vive opposition incluant : L’arrestation de Paul et le fait qu’il soit emprisonné pendant quatre ans par le gouvernement romain dans Actes chapitre 24 ; et L’emprisonnement de Paul à Rome dans Actes chapitre 28.

Chaque grande section des Actes démontre que le témoignage fidèle des chrétiens n’a pas échoué. Le Saint-Esprit a rempli les croyants pour qu’ils fassent progresser l’Evangile de Jérusalem jusqu’à la capitale de l’empire romain. Malgré les problèmes internes et externes que l’église a endurés, l’Evangile a contribué sans entrave à la maturité spirituelle et à la croissance numérique de l’église qui a répandu le royaume de Dieu jusqu’au bout du monde.

APPLICATION MODERNE

Maintenant que nous avons exploré la stratégie rhétorique et le contenu des Actes, intéressons-nous à notre troisième sujet : premiers pas vers une application moderne. Quelles sont les principales questions que nous devons considérer si nous voulons appliquer les vérités enseignées dans les Actes à notre époque ? Pour explorer ce sujet, nous allons d’abord nous concentrer sur le caractère littéraire des Actes, en relevant certaines caractéristiques principales du livre. Nous allons ensuite parler de certaines discontinuités entre le premier siècle et notre époque, discontinuités qui vont influencer l’application moderne de ce livre. Nous allons enfin insister sur d’importantes continuités entre le premier siècle et l’époque moderne, continuités qui vont nous aider à faire le lien entre le sens original des Actes et nos propres vies. Commençons par examiner le caractère littéraire des Actes.

Caractère littéraire

Différents genres littéraires communiquent leurs idées de différentes manières. Par exemple, nous trouvons beaucoup de genres littéraires dans la Bible : il y a des récits historiques, des poèmes, des discours, des paraboles, des textes de loi, et ainsi de suite. Et chacun de ces genres littéraires communique des choses de manières différentes. Si nous voulons comprendre le livre des Actes de façon responsable, nous devons tenir compte du genre littéraire auquel il appartient et de la façon dont ce genre littéraire communique ses idées.

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les Actes d’un point de vue littéraire mais le temps nous permet seulement de souligner trois de ses caractéristiques les plus importantes. Premièrement, Luc est sélectif dans ce qu’il rapporte. Deuxièmement, il a prévu que les Actes soient écrits par épisode. Et troisièmement, il communique plusieurs de ses enseignements de manière implicite. Considérons d’abord la nature sélective du contenu des Actes.

Sélectif

Tout historien doit être sélectif. Il y a tout simplement trop de faits, de gens et d’événements pour qu’un homme puisse faire un compte-rendu complet de tout ce qui se passe dans le monde. Les événements des Actes couvrent une période allant de l’ascension de Jésus à l’emprisonnement de Paul à Rome, période de trois ou quatre décennies. Le nombre d’événements qui ont eu lieu dans l’église pendant cette période est impressionnant (ces événements sont trop nombreux pour être comptés). Pourtant, Luc a seulement écrit 28 chapitres relativement courts. Nous savons donc qu’il a seulement rapporté une toute petite partie de ce qui aurait pu être dit. Comment a-t-il déterminé quels événements il allait inclure ? Et comment a-t-il décidé quels événements il allait omettre ? Luc a été guidé par le Saint-Esprit qui lui a permis de sélectionner des moments de l’histoire qui sont essentiels pour bien comprendre l’œuvre que Jésus fait au travers de ses apôtres. Son but consiste aussi à persuader ses lecteurs d’embrasser certains enseignements fondamentaux des apôtres.

Ainsi, en essayant de trouver des moyens d’appliquer le livre des Actes dans notre monde moderne, nous devons faire deux choses. D’un côté, nous devons éviter l’erreur qui consiste à penser que Luc a rapporté tout ce que nous avons toujours voulu savoir sur cette période de l’histoire de l’église. Il y a beaucoup de questions qui restent sans réponse et nous devons donc éviter de chercher des réponses à toutes les questions qui se posent aujourd’hui dans le livre des Actes.

D’un autre côté, nous devons nous rappeler que chaque récit dans le livre des Actes est là pour aider Luc à accomplir son double but. Nous devons donc lire tout le livre à la lumière de cette question : comment cela aide-t-il Luc à accomplir son but ? Nous devons constamment nous poser de telles questions : qu’est-ce que cela m’apprend sur l’église primitive ? Et quelles doctrines cela m’encourage-t-il à accepter ?

Par épisode

En plus d’être sélectif, le genre littéraire des Actes procède par épisode. Autrement dit, le livre des Actes est une collection de petites histoires et de petits récits successifs. En lisant le livre des Actes, il est important de remarquer que chaque récit individuel fait partie de la stratégie et du message global de Luc. Chacun de ces récits contribue, d’une certaine manière, à une mission globale qui consiste à enseigner Théophile au sujet de l’Evangile du royaume de Dieu en Christ. Cette vision panoramique doit donc nous servir de toile de fond et de contexte pour bien comprendre chaque épisode que nous lisons.

Mais chaque épisode est aussi distinct. Chaque épisode a ses points moins importants à souligner, ses propres détails à enseigner sur la façon dont l’église doit continuer à bâtir le royaume de Dieu en Christ en utilisant l’Evangile. Et cela signifie qu’en lisant les Actes, l’attention que nous prêtons à l’objectif global de Luc ne doit pas éclipser les points individuels qu’il veut souligner. Nous devons prêter attention à la fois à la vision panoramique et à la vision moins panoramique pour comprendre comment chaque épisode contribue au but général de l’auteur, mais aussi comment chacun de ces épisodes aide à définir les détails de ce but.

En plus d’être sélectif et de procéder par épisodes, le format narratif du livre des Actes est aussi implicite dans la façon dont le genre littéraire auquel il appartient communique une grande partie de ses enseignements.

Implicite

En général, y a deux types principaux de forme littéraire dans le Nouveau Testament : discours narratif et discours argumentatif. Le discours argumentatif est une forme littéraire qui représente une sorte de conversation comme quand un personnage parle dans un livre ou quand un auteur parle directement à son lecteur. Par exemple, les épîtres du Nouveau Testament sont principalement composées de discours argumentatifs dans lesquels un auteur comme Paul parle directement aux destinataires de ses lettres. Bien sûr, certaines épîtres incluent des bribes narratives et nous trouvons parfois un hymne ou un proverbe. Mais les épîtres sont généralement composées de discours argumentatifs. Et le point principal que nous voulons souligner à propos des discours argumentatifs, c’est qu’ils communiquent la plupart de leurs enseignements directement et explicitement. Quand Paul écrit une lettre pour dire à ses lecteurs ce qu’il pense ou ce qu’il faut faire, il leur parle directement.

D’un autre côté, le discours narratif est le principal type de forme littéraire que l’on trouve dans les quatre évangiles et surtout, dans le cadre de ces leçons, dans le livre des Actes. Le discours narratif est un type de forme littéraire qui raconte une histoire et procure un enseignement de manière moins directe. Pour que les choses soient bien claires, les discours argumentatifs apparaissent aussi dans les évangiles et les Actes mais la principale forme littéraire de ces livres est narrative. Et contrairement aux discours argumentatifs, qui ont tendance à enseigner les choses explicitement, les discours narratifs ont tendance à enseigner les choses implicitement, permettant ainsi au lecteur de déduire les leçons à retenir. De leur côté, les récits influencent le lecteur, non pas grâce à des instructions directes, mais de manière plus subtile. Ces récits sont conçus de telle sorte que le lecteur tire des enseignements de l’attitude, des gestes et des paroles prononcées par les différents personnages. Le lecteur apprend aussi à adopter les attitudes qui plaisent à Dieu et évitent celles qui sont contraires à sa volonté.

Considérons les choses de la manière suivante. Dans la plupart des cas, les récits comme les Actes semblent simplement présenter des faits : une chose s’est passée, une autre chose s’est passée, puis une autre. En apparence, il semblerait que ce soit un simple compte-rendu d’événements. Comme nous l’avons vu, Luc commente parfois explicitement le sens des éléments de ses histoires. Mais dans la plupart des cas, il décrit des événements ou des faits en faisant peu ou pas de commentaires. Mais en réalité, Luc n’a pas simplement écrit ses récits pour rapporter des événements. Il a également des intentions didactiques et utilise ses récits pour communiquer ses idées implicitement.

J’aimerais illustrer ce que je suis en train de dire avec une histoire tirée de ma propre vie. Quand ma fille était très jeune, on lui avait dit de ne pas manger de chocolat avant le dîner. Mais un soir, elle s’est mise à table avec du chocolat sur ses lèvres. Je lui ai demandé si elle avait mangé du chocolat, ce à quoi elle a répondu en faisant les gros yeux : « Je n’ai pas du tout mangé de chocolat, papa. »

En tant que parent, deux options se présentaient à moi pour régler la situation. J’aurais pu régler problème directement et explicitement grâce à un discours argumentatif. J’aurais pu dire : « Tu ne dis pas la vérité. Je vois du chocolat sur ton visage ! Tu vas avoir des ennuis ! » Mais j’avais aussi une option narrative, option plus indirecte et implicite. J’aurais pu prendre ma fille sur les genoux en lui disant : « Je vais te raconter une histoire. Il était une fois une petite fille qui n’avait pas le droit de jouer dans sa plus belle robe. Mais elle avait quand même joué dans cette robe et l’avait complètement salie. Que penses-tu de ce que cette petite fille a fait ? »

Une stratégie rhétorique narrative comme celle-là fonctionne principalement à un niveau implicite. Elle invite l’enfant à se demander : « Cette petite fille n’a-t-elle pas fait quelque chose de mal en désobéissant ? » La beauté et la puissance des récits, c’est qu’ils communiquent ce genre d’idées implicitement. S’ils sont assez subtils, les récits permettent à ceux qui les écoutent de s’impliquer dans les circonstances de l’histoire. Les auditeurs deviennent personnellement impliqués, ce qui les aide à écouter sans être sur la défensive. Les récits permettent aux gens d’être beaucoup plus ouverts aux enseignements.

Environ 70% du livre des Actes se présente sous forme narrative. Dans la majeure partie du livre, voilà ce que dit Luc à ses lecteurs en substance : « Je vais vous raconter une histoire qui parle de l’œuvre de Dieu dans l’église primitive ». Bien sûr, l’histoire qu’il raconte est entièrement vraie. Il invite ses lecteurs à rentrer dans le monde de l’histoire des faits. Mais il présente son récit sous la forme d’une histoire parce qu’il veut que ses lecteurs tirent des conclusions à partir des faits qu’il décrit. En lisant le livre des Actes, il est donc important que nous soyons à l’affût de ces enseignements implicites.

Bien entendu, l’un des principaux moyens d’évaluer et d’appliquer n’importe quel récit biblique dans nos vies consiste à comprendre comment Dieu réagit aux événements qui ont lieu. Par rapport à tous les autres, les actes et les paroles de Dieu sont parfaitement infaillibles. Par conséquent, en lisant le livre des Actes, nous devons toujours faire attention aux choses que Dieu approuve et bénit, et à celles que Dieu désapprouve et maudit. Tout ce que Dieu bénit doit être bon et tout ce qu’il maudit doit être mauvais. En lisant le livre des Actes, nous devons chercher à imiter les croyances, les attitudes et les comportements qui plaisent à Dieu, et éviter celle qui sont contraires à sa volonté.

En plus de cela, dans la mesure où Luc s’appuie énormément sur le point de vue de grands responsables d’églises, il est aussi possible de comprendre les enseignements implicites de Luc en observant les exemples qu’il fournit et qui constituent des sources fiables. Quand des personnes dignes de confiance comme les apôtres, les prophètes et d’autres responsables respectés font ou disent quelque chose, nous pouvons généralement en déduire que nous sommes appelés à les écouter. Leurs actes sont appropriés et leur témoignage authentique. Par conséquent, nous devons réagir en répondant à cet appel dans notre cœur et en calquant notre attitude et nos pensées sur les leur.

Et l’inverse est tout aussi vrai. Quand des personnages du livre des Actes sont condamnés par les apôtres ou par l’église, nous pouvons en déduire que leurs actes sont répréhensibles et que nous ne devons pas suivre leur exemple. Bien sûr, ce ne sont pas les seuls types d’implications qui se trouvent dans les Actes. Mais elles offrent au lecteur moderne un tremplin relativement solide pour commencer à apprendre à faire de bonnes déductions à partir d’un récit biblique.

En gardant à l’esprit cette compréhension du caractère littéraire des Actes, intéressons-nous aux discontinuités entre le premier siècle et le monde moderne qui ont un impact sur la façon dont nous appliquons le livre des Actes.

Discontinuités

Nous devons toujours nous rappeler que, même si la Bible a été écrite pour nous, elle n’a pas été écrite directement à nous. Nous savons explicitement que les premiers destinataires de Luc sont Théophile et ceux qui vivent au premier siècle ap. J.-C. Ainsi, dans un sens, quand nous lisons les Actes, nous lisons par-dessus leurs épaules. Ce n’est pas tant que nous écoutons ce que Luc nous dit mais que nous l’entendons parler à ses destinataires. Nous devons donc nous attendre à trouver dans les Actes au moins certains enseignements qui ne s’appliquent pas de la même manière dans notre vie et dans la vie de Théophile et des autres lecteurs originaux de Luc. Si nous reproduisons simplement ce que nous lisons dans l’Ecriture, sans tenir compte de ces différences, nous allons souvent appliquer la parole de Dieu de manière incorrecte et dangereuse.

Nous allons résumer ces discontinuités entre le monde de Luc et le nôtre de deux façons. D’abord, nous vivons à une époque différente. Ensuite, le monde a beaucoup changé depuis le premier siècle, ce qui signifie qu’il y a une différence entre nos circonstances et nos situations et celles des premiers destinataires de Luc. Nous allons d’abord examiner le fait que l’époque à laquelle nous vivons est différente de l’époque à laquelle ont vécu ceux qui ont reçu le livre des Actes en premier.

Époque différente

Il est très important, par exemple, de se rappeler que le livre des Actes se concentre sur les apôtres, les témoins officiels de Christ au premier siècle. Une grande partie des œuvres que Dieu a accomplies par l’intermédiaire des apôtres ont eu lieu à des endroits spécifiques et appartiennent à une époque précise dans l’histoire de la rédemption : ces œuvres, qui ont posé les bases de l’église, sont inédites et ne doivent jamais être répétées. Pour prendre un seul exemple, le simple fait que les apôtres aient existé est unique en soi. Comme nous le verrons dans une prochaine leçon, il ne peut y avoir d’autres apôtres aujourd’hui. D’abord, pour avoir le droit d’être apôtre, un homme doit avoir vu le Seigneur ressuscité. Ensuite, il doit être nommé en tant qu’apôtre directement par Dieu lui-même. Ainsi, même s’il est parfaitement raisonnable de dire que les Actes nous exhortent à respecter nos responsables et à se soumettre à eux, il n’y a plus d’apôtres vivants aujourd’hui. La meilleure chose à faire, c’est de se soumettre à leur témoignage écrit et consigné dans le Nouveau Testament.

Malheureusement, beaucoup de groupes chrétiens considèrent les Actes comme un modèle de vie chrétienne qui doit être exactement suivi à toutes les époques. Par exemple, Actes chapitre 2 versets 1 à 4 enseigne que le Saint-Esprit a été déversé de manière spectaculaire et miraculeuse le jour de la Pentecôte, et que ceux qui l’ont reçu ont commencé à proclamer l’Evangile en parlant différentes langues et différents dialectes. Il s’agit là d’un événement spécial qui a eu lieu lors de la première effusion de l’Esprit et dont le but est de rendre capables les apôtres et les autres premiers chrétiens de servir Christ. Des événements similaires ont parfois lieu à d’autres endroits dans les Actes mais ces événements ont seulement lieu suite à l’intervention directe des apôtres. Ce qui est constant dans les Actes, c’est le fait que chaque croyant reçoit le Saint-Esprit pour que sa personne soit transformée et pour qu’il soit un témoin. Ce qui n'est pas constant dans les Actes, c’est la présence ou l’absence de manifestations particulières du Saint-Esprit. Mais cela n’empêche pas certaines branches de l’église d’insister sur le fait qu’encore aujourd’hui, un baptême particulier du Saint-Esprit doit toujours avoir lieu et se manifester par l’annonce de l’Evangile en différentes langues. Quand des chrétiens bien intentionnés ne tiennent pas compte des discontinuités entre le premier siècle et notre époque, ils essaient souvent d’appliquer les enseignements des Actes de manières inappropriées.

Différentes circonstances

Outre le fait qu’il y ait une différence entre notre époque et celle des premiers lecteurs des Actes, nos circonstances sont aussi différentes : nous vivons dans des cultures différentes et nos situations personnelles sont différentes. Tous les événements des Actes ont lieu dans les circonstances historiques du premier siècle et plusieurs aspects du récit de Luc dépendent de ces circonstances historiques et culturelles.

Malheureusement, dans le but d’être fidèles aux enseignements des Actes, plusieurs groupes chrétiens ont essayé au fil des siècles de retourner aux pratiques culturelles du premier siècle. Par exemple, dans Actes chapitre 5 verset 42, nous lisons que l’église se réunit dans des maisons. En partant de ce principe, certains chrétiens affirment que l’église d’aujourd’hui doit se réunir dans des maisons et non dans des bâtiments. Et dans Actes 6 verset 1, nous lisons que l’église de Jérusalem distribue de la nourriture aux veuves. Par conséquent, certains chrétiens soutiennent que chaque église doit aujourd’hui distribuer de la nourriture aux veuves dans le cadre de son ministère. Bien entendu, il n’y a rien de mal en soi à se réunir dans des maisons ou à distribuer de la nourriture aux veuves. Mais nous devons admettre que ces pratiques dépendaient de circonstances propres au premier siècle. Par exemple, les croyants étaient obligés de se réunir dans des maisons parce qu’ils étaient persécutés. Mais dans les parties du monde où il y a peu ou pas de persécution, les églises ne sont pas obligées de se réunir dans des maisons. Dans la mesure où nos circonstances ressemblent aux leurs, l’application de ces principes bibliques est peut-être légitime. Mais dans la mesure où nos circonstances sont différentes, nous serons peut-être obligés d’appliquer ces mêmes principes bibliques autrement.

En fait, au sein même du livre des Actes, nous trouvons différentes applications du même principe. Par exemple, dans Actes chapitre 2 versets 44 et 45, Luc explique que les membres de l’église de Jérusalem mettent toutes leurs ressources en commun. Pourtant, au sein même du livre des Actes, nous lisons que plusieurs des églises établies par l’apôtre Paul se réunissent dans les maisons de citoyens ou de responsables locaux aisés sans que Luc fasse référence à une quelconque vie en commun ou critique cette pratique. Dès le début, l’église reconnaît que le même principe biblique doit s’appliquer de manière appropriée aux circonstances actuelles. Nous ne devons jamais nous contenter d’imiter une pratique et de remplacer une application responsable par une simple imitation.

Après avoir décrit le caractère littéraire des Actes et brièvement exposé les discontinuités entre l’époque de Luc et la nôtre, intéressons-nous à d’importantes continuités entre le premier siècle et le monde moderne.

Continuités

Nous pouvons résumer les continuités entre les chrétiens des deux époques en disant que nous avons : le même Dieu trine qui existe dans les personnes du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; le même but qui consiste à bâtir le royaume de Dieu en Christ ; et le même Evangile, le même message de salut et de rédemption qui nous appelle à répondre dans la foi, la repentance et l’obéissance. Considérons d’abord le fait que nous avons le même Dieu que les chrétiens du premier siècle.

Même Dieu

Le récit de Luc racontant l’histoire du salut nous rappelle que nous servons le même Seigneur Jésus-Christ que les apôtres et les premiers chrétiens servaient, et que nous en sommes tous les témoins. Chaque chrétien est rempli du même Saint-Esprit qui était présent au premier siècle. Et nous faisons tout pour la gloire et l’honneur du même Père. Notre Dieu trine n’a pas changé.

Au premier siècle, Dieu a œuvré à travers l’Evangile de manière formidable et il continue à œuvrer aujourd’hui. Si Dieu vous semble bien loin dans votre vie personnelle, dans la vie de votre église ou de votre dénomination, les choses ne sont pas comme elles doivent être. Si nous ne voyons pas Dieu à l’œuvre, apporter son salut aux perdus et bâtir son église, nous devons nous tourner vers lui dans la repentance et dans la foi en lui demandant de continuer son œuvre de salut et de grâce dans nos vies et dans nos églises.

En plus d’avoir le même Dieu, les chrétiens d’aujourd’hui ont le même but que celui de l’église dans le livre des Actes.

Même but

Dans le livre des Actes, le but de Dieu est de bâtir le royaume de Christ par l’intermédiaire des apôtres. Ces derniers ont œuvré dans ce but en encourageant l’église et en contribuant à sa croissance en annonçant l’Evangile. Mais les apôtres savaient aussi que, pour que le royaume de Dieu s’étende et se répande dans le monde entier, il faudrait plus de douze hommes travaillant pendant quelques années. Ils ont donc préparé les croyants pour qu’ils œuvrent à leurs côtés et continuent à œuvrer après leur mort. Nous pouvons dire que, de la même manière que Jésus a confié à ses apôtres la mission de bâtir son royaume, les apôtres ont confié la même tâche à l’église.

Bien sûr, la tâche qui consiste à bâtir le royaume ne sera pas terminée avant le retour de Christ dans la gloire. Ainsi, le but de l’église moderne est toujours d’accomplir la mission de Dieu qui consiste à bâtir le royaume de Christ, à amener le monde entier et la vie entière sous sa seigneurie. Et l’un des principaux moyens d’atteindre ce but, c’est de s’appuyer sur l’enseignement des apôtres concernant le salut, l’éthique, la piété, les relations avec les autres, l’évangélisation et toutes les autres questions de la vie. Après tout, si nous voulons honorer Christ et lui obéir, l’église doit se soumettre au témoignage des apôtres faisant autorité.

Par exemple, Luc prend bien soin de décrire les différentes façons dont les apôtres ont répandu le royaume dans plusieurs cultures et plusieurs situations. En suivant leur exemple, nous pouvons utiliser des moyens similaires pour faire avancer le royaume de Dieu à notre époque. Oui, nous devons faire des ajustements en raison des discontinuités entre le monde ancien et le monde moderne. Mais puisque nous cherchons à nous soumettre à la mission que Dieu a révélée et non à poursuivre nos propres buts, le but et les principes sous-jacents restent les mêmes dans chaque génération.

Enfin, en plus d’avoir le même Dieu et le même but, les chrétiens d’aujourd’hui sont appelés à proclamer le même Evangile que celui annoncé au premier siècle.

Même Evangile

Peu importe à quel point le monde change, une chose reste constante : les hommes sont déchus car ils se sont rebellés contre Dieu, ils sont séparés de lui et ils ont désespérément besoin d’être sauvés. Nous avons tous besoin du même salut. Et ce salut est disponible en Christ qui pardonne nos péchés pour nous ramener dans son royaume. Tel est le message de l’Evangile que les apôtres ont annoncé au premier siècle. Tel est le message de l’Evangile que Luc proclame dans les Actes. Et tel est l’Evangile que nous devons accepter et auquel nous devons nous soumettre aujourd’hui.

Et ce message est simple.Comme Paul et Silas l’ont dit au gardien de prison à Philippe dans Actes chapitre 16 verset 31 :

Crois au Seigneur Jésus, lui répondirent-ils, et tu seras sauvé ; il en est de même pour toi et pour les tiens (Actes 16 :31).

La simplicité de ce message a de profondes implications. Il englobe tous les aspects de nos vie individuelles et collectives et nous met au défi d’être transformés, de devenir des témoins de l’Evangile dans le monde.

L’Evangile reste le même pour tous les hommes en tout temps et en tout lieu. Tous les hommes sont appelés à se repentir de leur rébellion et à croire en Christ. Tous les hommes doivent se soumettre à sa seigneurie et à bâtir son royaume. Cet appel doit être lancé à chaque personne vivant à notre époque, tout comme il a été lancé dans le monde entier depuis l’époque des apôtres. L’appel à l’obéissance s’adresse aux Juifs comme aux non-Juifs, aux riches comme aux pauvres, aux hommes comme aux femmes, à ceux qui sont respectés comme à ceux qui sont méprisés. Cet appel renverse tout type de résistance et de barrière car c’est la parole du Christ qui règne, parole enflammée par son Saint-Esprit pour la gloire de son Père. Comme le livre des Actes l’enseigne, aucune épreuve, aucune tension, aucune opposition n’est assez puissante pour s’opposer à la croissance et à la diffusion de la rédemption. Voilà pourquoi les chrétiens d’aujourd’hui doivent être authentiques et audacieux dans l’annonce de l’Evangile des apôtres. Voilà pourquoi ils doivent appeler tous les hommes à la repentance et à la foi en Christ, et à rejoindre les apôtres dans leur rôle de fidèles citoyens du royaume de Dieu.

CONCLUSION

Dans cette leçon, nous avons vu les stratégies rhétoriques que Luc utilise dans le livre des Actes, le contenu de son œuvre, et les premiers pas à faire en vue d’une application moderne de ses enseignements. Aujourd’hui, l’exploration de ces questions devrait nous permettre de comprendre, d’apprécier et de vivre conformément à ces enseignements faisant autorité.

A bien des égards, le livre des Actes sert de porte d’entrée entre l’époque de Christ et l’époque de l’église moderne. Ce livre explique comment la personne, l’œuvre et l’enseignement de Christ ont été compris et appliqués dans l’église primitive. Il pose aussi les bases permettant aux chrétiens modernes de comprendre et d’appliquer ces mêmes idées dans nos propres vies. Ainsi, plus nous serons en mesure de reconnaître les buts et les méthodes de Luc dans les Actes, mieux nous serons équipés pour vivre d’une manière qui honore notre roi ressuscité et pour le servir.